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Black Holes & Révélation







Enfin, le nouvel album de Muse, “ Black Holes & Revelations ”, est arrivé dans les bacs !  Cela faisait quatre ans que les fans de ces Anglais originaires de Devon attendaient cet album, et ce après l’excellent “ Absolution ”.  Le succès de ce nouvel album n’est donc pas une surprise (no. 1 à peu près partout en Europe, et no. 9 aux États-Unis dès sa première semaine dans les bacs).  

Musicalement, sans être nécessairement le meilleur (je garde un petit faible pour Showbiz et Absolution), cet album est sûrement le plus varié, mixant guitares fortes d’un bon rock orchestral, dance music, en passant par des moments de disco (« Supermassive Black Hole », le premier single de l’album) et même de flamenco (sur “City of Delusion ”)!  Pourtant, si cet album est différent des précédents, il demeure du vrai Muse : combatif, voire belligérant, mais toujours mélodieux.  C’est cela le style Muse, un style bien à lui, même si beaucoup essaient encore de confiner le groupe dans le rôle d’enfant musical de Radiohead et Queen, et à moindre mesure, de Depeche Mode ou Rage Against The Machine.  Ce nouvel album ne contient pas de vrais hits tels “ Sing for Absolution ” ou “ Hysteria ” de leur avant-dernier disc, mais tous les tracks sont solides, et malgré la diversité, forment un tout unifié et agréable.

“ Black Holes & Revelations ” reflète encore certains intérêts du groupe, comme leur fascination pour l’espace et le livre de l’Apocalypse (comme le titre l’indique).  La couverture de l’album représente d’ailleurs quatre hommes assis autour d’une table sur la planète Mars, et sur la table des chevaux miniatures (les quatre chevaux de l’Apocalypse?).  Cet album contient certainement plusieurs messages cryptiques, car le groupe est connu pour ses chasses aux trésors géantes organisées pour le fans, utilisant des indices faits d’anagrammes et autres méthodes de decryptage.  À bon entendeur !

Les paroles des chansons de cet album continuent d’être très engagées politiquement, même si elles sont moins apocalyptiques que dans les deux albums précédents.  La chanson ouvrant l’album, “ Take a Bow ” donne le ton, avec notamment des paroles très dures :
        “ Mort, tu apportes mort et destruction à tout ce que tu touches
        Payer, tu dois payer pour tes crimes contre la terre
        Supplier, tu vas les supplier pour leurs vies et leurs âmes
        Et brûler, tu vas brûler en enfer ; tu brûles en enfer pour tes péchés. “
Ces paroles, si elles sont mises en parallèle avec “ Soldier’s Poem ”, “ Assassin ”, “ Exo Politics ”  et surtout “ City of Delusion ” ne laissent aucun doute sur l’opinion anti-guerre du groupe, et encore moins sur leurs sentiments envers leurs leaders politiques…  Mais l’engagement politique du groupe ne s’arrête pas là, puisque les paroles de la dernière chanson de l’album, “ Knights of Cydonia ” , appellent ni plus ni moins à l’action et au combat : 
        “ Personne ne me prendra vivant
        L’heure est arrivé de rétablir les choses
        Tu dois te battre pour nos droits
        Toi et moi devons combattre pour survivre. ” 

Ces aspirations révolutionnaires leur viennent donc de ce constat que le monde est dirigé par des leaders sans scrupules, qui “ vivent et laissent mourir ”  (“ City of Delusion ”), et qui ne recherchent pas la justice, une justice qui d’ailleurs n’existe pas (“ Soldier’s Poem ”).  Le groupe va plus loin, puisque les leaders sont non seulement incapables, des fous, mais en plus de tout cela, Dieu ne fait que dormir au travail (“ Knights of Cydonia ”).  

Pourtant, si “ Black Holes & Revelations ” dresse ce constat si noir et essaie d’être réaliste face aux réalités géopolitiques du 21ème siècle, si il appelle au combat contre tout cela, le disque ne donne pas l’impression qu’un monde meilleur est réellement accessible.  En effet, c’est au combat, à la révolution, que semble vouloir s’arrêter Muse.  Jamais la vision positive du groupe pour une société plus juste ou pour un monde en paix n’est exprimée.  Non, le monde est mauvais, dirigé par des leaders tout aussi mauvais, le tout sous l’œil fermé d’un Dieu absent.  Et ce monde, il faut le combattre et le détruire.  Une chanson, « Starlight », exprime bien l’idée d’un espoir, mais cet espoir n’est pas explicité.  D’ailleurs, c’est un espoir qui n’existe que parce que les souvenirs sont oubliés et parce que le monde réel est lointain…  À la fin de l’histoire, c’est donc le cynisme qui prédomine ; un monde meilleur ne semble pas accessible.  

Voilà, finalement, la critique première à formuler envers cet album.  En effet, si je peux apprécier certains constats apportés par Muse, si je peux apprécier sa révolte contre un monde injuste, un sentiment de « chemin à moitié fait » demeure en moi.  Muse, à bien des égards, se rapproche d’une vision chrétienne du monde, une vision lucide et réaliste, qui reconnaît les effets ô combien néfastes du péché dans tous les domaines de la vie.  En tant que chrétien, je dois moi aussi reconnaître que ce monde n’est pas ce qu’il devrait être, qu’il est comme cassé, en ruines.  Mais ce diagnostic clair ne doit pas tomber dans le cynisme.  Non, on pourrait dire que les deux faces d’une vision biblique du monde sont le réalisme et l’espérance.  Pour le chrétien, l’un ne va pas sans l’autre.  Si l’un allait sans l’autre, le réalisme deviendrait effectivement cynisme, et l’espérance ne serait qu’échappatoire.  Mais la Bible présente une tout autre vision des choses, la vision d’un monde déchu, ou le péché est bel et bien présent, mais d’un monde en cours de renouvellement, un monde en cours de rédemption, de réconciliation avec Dieu :
“ Car il a plu à Dieu de faire habiter en Jésus toute plénitude et, par lui, de tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de la croix ” (Épître de Paul aux Colossiens 1 : 19-20).  

Une telle vision du monde appelle donc, tout comme Muse le propose, à être actif dans ce monde déchu.  Mais cette action n’a rien à voir avec la révolution.  Bien plutôt, elle appelle à œuvrer pour le renouvellement et la réconciliation de toutes choses avec Dieu.  Loin de vouloir tout raser et tout remettre à plat, Dieu en Jésus Christ a voulu rebâtir les ruines, reconstruire les ponts entre lui et sa Création, rétablir la communication, réconcilier, reformer.  Grâce à l’œuvre de Jésus Christ, tout cela est possible, tout cela est même promis, et nous sommes invités à participer à cette œuvre.  

Bref, si la vision du monde de Muse, telle qu’elle se dévoile à travers son dernier album, démontre à mon avis quelques lacunes importantes, ce CD demeure du grand Muse, et Muse démontre par celui-ci que c’est un groupe inévitable sur la scène rock actuelle.  Son engagement nous change de bien des groupes qui ne savent rien dire.  Plus encore, il nous bouscule, nous pousse à réfléchir à nos propres convictions, et, finalement, à être des sujets actifs dans notre monde.  Pour tout cela, je ne peux que recommander “ Black Holes & Revelations ”.  

Nicolas Farelly
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